En réalisant son documentaire Les États-Désunis du Canada, la documentariste québécoise Guylaine Maroist veut montrer à ses compatriotes que le séparatisme n’est pas l’apanage de la Belle province. Ce courant de pensée existe aussi dans les autres provinces canadiennes, a-t-elle constaté.
Elle nous dit que la réalisation de son documentaire l’a permis de s’éduquer. «Comme bien des Québécois, je n’étais pas au courant de l’existence de mouvements séparatistes à l’extérieur de la province», nous avoue candidement la réalisatrice.
Elle ne tente pas d’expliquer pourquoi les mouvements séparatistes dans les autres provinces canadiennes n’ont pas pu faire florès à l’instar du Parti québécois (PQ), le parti qui a organisé deux référendums sur la séparation en 1980 et 1995 lorsqu’il gouvernait le Québec. Cette Montréalaise voulait plutôt laisser s’exprimer les séparatistes qu’elle a rencontrés «sans les juger».
Elle a d’abord eu vent du séparatisme hors du Québec lorsqu’elle tournait le documentaire Bombes à retardement (2007), un film sur les soldats canadiens utilisés comme des cobayes lors d’essais nucléaires dans le désert du Nevada en 1957. «La plupart des anciens soldats canadiens que j’ai rencontrés étaient des Albertains», se souvient-elle.
Cette première piste l’amène donc à voyager d’un océan à l’autre au Canada de 2006 à 2010. Dans les provinces maritimes, son équipe de production et elle sont les témoins du sentiment d’aliénation des habitants desdites provinces face au «Canada central», en l’occurrence du Québec et de l’Ontario.
À Terre-Neuve, province du Canada depuis 1949, sa caméra nous présente des gens qui se demandent si Terre-Neuve a fait le bon choix en se joignant à la Confédération. Ce voyage lui a même permis de voir que le séparatisme a «des racines profondes» au Canada. En effet, un chapitre de son documentaire est consacré au séparatisme de la Nouvelle-Écosse au 19e siècle. Après tout, cette province a envoyé 18 députés séparatistes sur 19 la représenter lors des premières élections fédérales en 1867.
Dans les Prairies, elle rencontre des séparatistes qui ne veulent rien savoir du registre des armes à feu du Canada, du «socialisme québécois», de la légalisation du mariage gai et du «bilinguisme imposé par le gouvernement fédéral». Des séparatistes de l’Ouest canadien soutiennent qu’ils n’en reçoivent moins de la part d’Ottawa qu’ils n’en paient en impôts. Par exemple, des séparatistes disent être tannés de financer les programmes sociaux du Québec par l'entremise de la péréquation. En d'autres mots, le Québec coûte trop cher au Canada. Défile aussi devant nous Douglas Christie, un extrémiste de droite qui a fondé le Western Block Party. Ce dernier est un parti fédéral qui n’a que des sièges au Manitoba, la Saskatchewan, l’Alberta et la Colombie-Britannique.
En bout de ligne, Guylaine Maroist espère que son documentaire Les États-Désunis du Canada sera une source éducative parmi tant d’autres sur le reste du Canada destinée aux Québécois. «Beaucoup de Québécois ont l’impression que le reste du Canada est un bloc monolithique culturel et linguistique, soutient-elle. Pourtant, il existe plusieurs cultures à l’intérieur du Canada. Les Québécois connaissent même la politique américaine et française mieux que celle du Canada.»
Cependant, Mme Maroist voit de l’espoir au Québec. Elle nous dit que certains membres d’une génération de jeunes Québécois affichent leur curiosité envers autant la politique que la culture du Canada au complet. «Les Québécois devraient apprendre à connaître le Canada, conclut-elle, car ils ont fait le choix d’y rester deux fois.»
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Le documentaire Les États-Désunis du Canada sera diffusée sur la chaîne câblée Canal D dimanche le 9 décembre à 19h00.